FIFA : Pourquoi l’empire de Gianni Infantino vacille enfin
L’argent ne fait pas toujours le bonheur, et il semblerait qu’il ne suffise plus à garantir le pouvoir absolu. Depuis son élection en 2016, Gianni Infantino a transformé la FIFA en une machine à cash sans précédent, multipliant les réformes pour gonfler les revenus. Pourtant, en ce début de mois d’août 2026, l’ambiance dans les couloirs de Zurich a radicalement changé. Le rejet massif de son projet de vente de parts de la Coupe du Monde marque un tournant historique. Pour la première fois, le président semble avoir franchi la ligne rouge, usant une crédibilité que l’on pensait inépuisable.
L’échec du pari commercial de trop
Le plan était audacieux, peut-être trop. En tentant de privatiser une partie des actifs de la Coupe du Monde, Infantino espérait verrouiller la domination financière de la FIFA pour la décennie à venir. Cependant, cette stratégie a provoqué une levée de boucliers inattendue. Les grands clubs européens, lassés par un calendrier saturé, y ont vu une menace directe pour leur propre souveraineté. Le fait que le Real Madrid remercie publiquement l’UEFA pour avoir « protégé le football » en s’opposant à ce projet est un signal politique dévastateur pour Infantino. On assiste à une alliance de circonstance entre d’anciens ennemis pour freiner l’hégémonie de la FIFA.
Cette situation rappelle étrangement les tensions vécues lors du lancement avorté de la Super League. À l’époque, Infantino jouait les médiateurs de l’ombre. Aujourd’hui, il se retrouve dans la position de l’agresseur institutionnel. En voulant transformer le joyau de la couronne en produit financier spéculatif, il a perdu le soutien des fédérations historiques. Le football mondial ne semble plus disposé à accepter n’importe quelle réforme sous prétexte de croissance économique. La lassitude est palpable, et le rejet de ses idées les plus radicales devient la norme plutôt que l’exception.
Une gouvernance isolée face à un football en mutation
Pendant que le président de la FIFA s’embourbe dans des batailles juridiques, le paysage du football continue d’évoluer sans lui. Le retour de Lionel Messi en MLS ou l’arrivée de Xabi Alonso sur le banc de Chelsea montrent que l’attractivité du sport se joue sur le terrain et dans les choix sportifs forts. Infantino, lui, semble déconnecté de cette réalité de terrain. Son obsession pour l’expansion permanente — Coupe du Monde à 48, Mondial des clubs XXL — finit par créer un produit dilué. La valeur de la rareté, qui faisait le prestige de la FIFA, est en train de s’évaporer au profit d’un mercantilisme exacerbé.
Les conséquences pourraient être majeures pour l’élection présidentielle à venir. Si Infantino a longtemps bénéficié d’un soutien indéfectible des confédérations africaines et asiatiques grâce à la redistribution des revenus, le vent tourne. Ces fédérations craignent désormais qu’une dévaluation du produit Coupe du Monde ne réduise leurs dividendes à long terme. La question n’est plus de savoir si Infantino a enrichi la FIFA, mais s’il est devenu un risque pour sa stabilité. Sans le soutien des grands clubs européens et avec une UEFA renforcée par son rôle de « protectrice », le trône de Zurich n’a jamais semblé aussi instable.