Mondial à 64 : La fuite en avant de la FIFA est-elle inévitable ?
C’est une accélération qui ressemble à un passage en force. Alors que le monde du football digère encore le passage à 48 nations, la FIFA vient de lancer officiellement une phase de consultation pour étendre la Coupe du Monde masculine à 64 équipes dès l’horizon 2030. Selon des documents internes, l’instance internationale vise une décision finale pour le 14 août prochain. Cette annonce intervient dans un climat de tension extrême entre les instances dirigeantes et les acteurs du terrain, marquant un tournant décisif dans l’industrialisation du sport le plus populaire au monde.
Le spectre de la quantité au détriment de l’exceptionnel
Passer à 64 équipes n’est pas qu’un simple ajustement logistique, c’est un changement de paradigme total. Historiquement, le Mondial représentait le sommet de la pyramide, un Graal accessible uniquement à l’élite après des années de qualifications acharnées. En doublant quasiment le nombre de participants par rapport au format traditionnel de 32, la FIFA prend le risque de diluer l’intérêt sportif des phases de poules. Certes, l’émergence de nations comme le Cap-Vert, portée par l’héroïsme de gardiens comme Vozinha, prouve que le talent se mondialise. Cependant, multiplier les matchs à sens unique pourrait transformer l’événement en une interminable foire commerciale où l’enjeu dramatique s’efface derrière le volume de diffusion.
Cette stratégie de l’expansion massive semble être la réponse directe de Gianni Infantino à l’échec de son projet de vente de parts de la Coupe du Monde. Face au tollé général, la FIFA a dû rétropédaler sur la privatisation de son joyau. Pour compenser ce manque à gagner, l’instance choisit donc la voie de l’inventaire : plus d’équipes, plus de matchs, plus de droits TV. C’est une logique purement comptable qui ignore la saturation physique des joueurs. Le cas de Vinícius Júnior, que le Real Madrid semble désormais prêt à laisser partir faute d’un accord financier viable, illustre cette déconnexion. Les clubs ne peuvent plus suivre l’inflation des salaires si le calendrier international sature leurs actifs les plus précieux jusqu’au point de rupture.
Un calendrier en surchauffe et des acteurs à bout de souffle
L’implication de cette réforme dépasse largement les frontières des terrains de la FIFA. En surchargeant l’été, on réduit l’espace vital des ligues nationales et des clubs. Le départ surprise d’Eddie Howe de Newcastle, évoquant le « bon moment » pour partir, résonne comme un aveu de fatigue face à l’exigence croissante du football moderne. Même des stars comme Jude Bellingham, aperçu hier dans les tribunes de son ancien club de Birmingham pour fuir un instant la pression madrilène, semblent chercher un retour à une forme de football plus authentique, loin de la machine à cash globale. La FIFA joue avec le feu : en voulant inclure tout le monde, elle risque de lasser les spectateurs les plus fidèles.
Enfin, la question de l’intégrité sportive se pose avec une acuité nouvelle. Alors que Mykhailo Mudryk vient tout juste d’être blanchi après une suspension pour dopage, on peut craindre que la multiplication des compétitions pousse les staffs médicaux et les joueurs vers des zones grises pour tenir le rythme. Une Coupe du Monde à 64 équipes imposerait un rythme de tournoi épuisant, favorisant les nations disposant d’un réservoir de joueurs immense au détriment des nations émergentes qui peineront à aligner 26 joueurs de niveau international sur la durée. Le risque est de voir le prestige du trophée s’éroder, transformant la Coupe du Monde en une simple version étendue des championnats continentaux, perdant ainsi son caractère sacré.