Angleterre-Ghana : Le VAR et le mirage de la domination
L’Angleterre a frôlé la correctionnelle mercredi soir face au Ghana, s’en sortant avec un match nul (0-0) qui laisse un goût amer aux Black Stars et un sentiment de soulagement teinté d’inquiétude aux Three Lions. Si les statistiques affichent une domination territoriale évidente des hommes de Gareth Southgate, le score vierge ne dit pas tout de la fragilité britannique. Au cœur des débats, une décision — ou plutôt une absence de décision — du VAR qui fait déjà couler beaucoup d’encre dans les travées des stades américains. Pour Carlos Queiroz, le sélectionneur ghanéen, l’arbitrage vidéo est carrément « parti prendre un café » au moment où son équipe aurait dû obtenir un avantage décisif.
L’illusion du contrôle et le spectre du VAR
Sur le papier, l’Angleterre a régné sur la pelouse : plus de possession, plus de passes, plus de tirs. Cependant, cette domination s’est avérée stérile, révélant une incapacité chronique à transformer le contrôle en danger réel. Le tournant du match réside dans cet incident litigieux dans la surface anglaise, où le protocole VAR semble avoir privilégié l’interprétation subjective au détriment de l’évidence technologique. En ne signalant pas de faute, les officiels ont offert une bouée de sauvetage à une défense anglaise souvent prise à revers par la vitesse des transitions ghanéennes. Cette mansuétude arbitrale pose une question fondamentale sur l’application des lois du jeu lors de ce Mondial 2026.
Historiquement, l’Angleterre entretient une relation complexe avec la technologie et la chance en phase finale. Si 1966 reste le symbole d’un but accordé de justesse, 2026 pourrait devenir l’année du « miracle technologique » inversé. Ce manque de rigueur dans la révision vidéo profite aux grandes nations, mais il fragilise la crédibilité de la compétition. Pendant que les Three Lions se complaisent dans un jeu de possession horizontal, le Ghana a prouvé que l’intensité pouvait compenser le déficit technique. La frustration de Queiroz est légitime, car dans un tournoi où chaque point pèse une tonne, un « café » du VAR peut changer le destin d’un continent entier.
Le cas Harry Kane : un capitaine en quête de repères
Au-delà de la polémique arbitrale, le malaise est plus profond et se cristallise autour d’Harry Kane. Le capitaine anglais, d’habitude si clinique, a semblé errer comme une âme en peine sur le front de l’attaque. Sa chance ratée en fin de match symbolise parfaitement son état de forme actuel : un manque de tranchant inhabituel qui pénalise tout le collectif. Alors que dans le même temps, un Cristiano Ronaldo de 41 ans continue de marquer l’histoire en trouvant le chemin des filets pour sa sixième Coupe du Monde consécutive, le contraste est saisissant. L’un semble éternel, l’autre semble prématurément usé par les joutes de la saison.
Les conséquences de ce match nul sont multiples pour la suite de la compétition. L’Angleterre perd son statut de favori intouchable et devra montrer un tout autre visage pour éviter une désillusion précoce. La dépendance à un Kane en méforme devient un risque systémique que Southgate devra gérer rapidement. À l’inverse, le Ghana ressort grandi de cette confrontation, prouvant que le bloc africain est prêt à bousculer la hiérarchie mondiale. Si le VAR a sauvé l’Angleterre cette fois-ci, il est peu probable que la chance, ou la distraction des arbitres, suffise à les porter jusqu’au bout du rêve mondial lors des phases à élimination directe.